In Monde de l'édition

New Adult... romances de gare ?


Ces derniers temps plus qu’auparavant, la romance est malmenée. En particulier, les romances New adult.

Le genre new adult kesaco? C’est un sous-genre de la romance qui très souvent attire un public féminin d’une tranche d’âge assez large, les 16 – 35 ans, voire plus. Ce n’est pas la  quadra que je croise dans le bus qui dira le contraire… Pas un matin sans que je ne l’aperçoive avec un texte croustillant entre les mains.
Ce genre né aux États-Unis en 2009, met en scène des héroïnes/héros d’une vingtaine d’années qui durant leurs tribulations, vivent tout un tas de premières fois... Dont quelques petites sauteries parfois bien exagérées, au vu du contexte et de la timidité de l’héroïne. Dans ces romans, la romance est omniprésente et sous toutes ses formes contemporaine, historique, érotique. Sur Wattpad, par exemple, plateforme d’écriture, il y a autant de romances que de lectrices. Moi, exagérer ?... Non !

Depuis le phénomène planétaire 50 nuances, le New adult pullule dans les librairies et les rayons de supermarchés. Il y a du choix, parfois trop et je m'y perds. Ce livre-là, ce livre-ci, pas facile de se décider. Et en fait si, il est simple de se décider en lisant les résumés. Et là, c’est le drame. 
On reconnaît une romance NA à sa couverture, je m’en arrache parfois les cheveux. La beauté du visuel est souvent mise à mal pour mettre en scène de la sexualité à outrance, non plus de l’érotisme et de la subtilité. Les hommes sont la plupart du temps torse nu, les nanas aguicheuses, les tétons pointant en direction du soleil. Je caricature, mais nous ne sommes pas loin du compte. Les couvertures desservent les livres plus qu’elles ne les servent. De plus, les visuels sont quasiment identiques d’une maison d’édition à une autre et parfois, en cherchant bien, on retrouve la même photographie pour deux histoires commercialisée par des maisons d’édition différentes. Mis à part le logo, rien ne nous permet de dissocier une collection d’une autre. Un peu d’imagination bon sang de bonsoir ! 
Le résumé… est souvent écrit à la va-vite où les mots « jeunes filles timides » et « sexe » sont mentionnés en majuscule police 16… afin de s’assurer que le lecteur(rice) assimile totalement les enjeux du bouquin. Honnêtement, s’il ne l’a pas compris en observant la couverture, c’est que ce dernier a un sacré problème visuel. À croire que pour vendre ce genre littéraire, il n’y a besoin que du minimum, c’est-à-dire une sainte nitouche, un bad boy et du « cul », incroyable, mais vrai.

Disons que la couverture et le résumé m’intriguent… J’achète le livre et me décide à commencer ma lecture. Les schémas types parlent d’eux-mêmes dès les premières pages et je sais immédiatement où l’auteur(e) veut m’emmener. Autant vous dire que je ne supporte plus les clichés de la racaille, du lycée ou encore de la jeune stripteaseuse, ou poule de luxe qui vend son corps et trouve cela sympa. J’ai passé l’âge. Je ne m’attarde plus sur ces fictions qui me sortent littéralement par les trous de nez. Je n’ai rien contre les clichés, je suis la première à les utiliser dans mes écrits. Mais un peu de bon sens et surtout d’imagination ne font pas de mal. Un livre ne doit pas être la copie conforme d’un autre. Certes, en tant qu’auteur(e) on s’inspire d’autres romans, de films, de ce qui nous entoure. Toutefois, il faut savoir contourner certains pièges et ne pas se laisser tomber dans la facilité. 

Et l’image de la femme, on en parle ? Je la déplore dans certaines histoires ! Par pitié, pourquoi toujours placer la femme en position de faiblesse ? La plupart du temps, elle apparaît comme drôlement candide, à la limite de la bêtise. Elle se laisse mener par le bout du nez par un homme qui s’érige en roi de la misogynie. Cet énergumène, souvent jeune et canon, collectionne les conquêtes et du jour au lendemain, se range subitement pour celle qu’il aime, mais à qui il ne pourra pas s’empêcher de faire les pires coups bas. Ces romans sont écrits par des -jeunes- femmes et j’avoue que parfois, je ne comprends pas les fantasmes qu’elles mettent en scène. Qui y’a-t-il de positif à aimer un salaud ? Les gens ne changent pas du jour au lendemain par amour. Comme ils ne se réveillent pas subitement en songeant qu’ils aiment la femme qu’ils ont ignorée pendant dix-huit ans ou maltraitée pendant l’ensemble de leur scolarité. 
Cette vision de l’amour me dérange au plus haut point. Je ne parle même pas des scènes de violences psychologiques ou physiques que certains auteurs justifient par de l’amour. Violences banalisées ? L’amour a bon dos… répugnant.

Le sexe mis en scène est soit niais, soit vulgaire ou idéalisé. La femme timide au possible se révèle être une vraie nympho qui ne connaît pas son corps et en oublie dans sept romans sur dix la présence de son clitoris. Par contre le matos du gars, elle le connaît. Elle le connaît même par cœur ! Et page après page, la lectrice a droit à des dizaines de descriptions de l’anatomie d’un homme au phallus protubérant à la limite de la courgette qui offre maint et maint orgasme. C’est bien connu, les femmes jouissent à tous les coups. 

Bref. J’ai ressenti le besoin de vous faire partager mes impressions après ma lecture d'un roman NA qui a tout bonnement tué mon cerveau et tranché mes ovaires.

Je ne crache pas dans la soupe, j’écris du NA. Seulement, je milite pour des romans émancipés, des femmes libres qui prennent leur destin en main sans être les caricatures de tout ce qui me rebute en tant que jeune femme. Je veux que les thèmes sensibles soient abordés sérieusement, pas simplement enjolivés ou passer à la trappe. J’ai besoin de voir de flamboyantes couvertures, de jolie « packaging » pour définitivement comprendre que les maisons d’édition s’intéressent réellement à ce genre pour les messages qu’il véhicule et pas seulement pour les bénéfices qu’elles peuvent retirer d'une histoire de sexe. Il faut capitaliser sur les romances innovantes, aux sujets cohérents traités avec soin. Et peut-être qu’enfin, les gens cesseront de se lasser et de classer le New Adult dans la catégorie « romance de gare ».

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