Irrésistiblement Toi - Chapitre 4


Le réveil sonne fort en ce matin du mois de juillet. Très fort. Au bout de plusieurs tentatives, je parviens à l’éteindre. Je m’enroule dans mon drap et me rendors quand la machine infernale s’active de nouveau. Je la saisis et la débranche brutalement. Le calme. Je peux enfin me rendormir paisiblement. C’était sans compter sur l’arrivée de ma mère.
— Nous sommes samedi. Tu ne vas pas passer ta matinée au lit.
— Pourquoi pas ?
— Tu dois aller chercher ton contrat d’alternance dans ta société d’accueil, ce matin.
— Afin de le transmettre au secrétariat de mon école avant midi, oui, je sais. Il n’y a pas le feu aux flaques.
— Chloé, si je ne m’abuse, il est déjà dix heures ! À midi l’établissement fermera ses portes pour deux semaines !
— J’ai le temps.
— Non ! Tu ne l’as pas !
— S’il te plaît, encore cinq minutes.
— Ma chérie, tu sais que je t’aime, mais parfois tu es exaspérante. Ton master est en jeu. Tu te lèves de ton plein gré ou alors…
— Ou alors quoi ?
N’obtenant aucune réponse, je sors le bout de mon nez de sous la fine couverture. J’aurais mieux fait de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de la ramener. Ni une ni deux, elle bondit, soulève les stores, ouvre les rideaux et m’arrache ma couverture. L’air frais dans ma chambre s’engouffre sous mon drap où régnait une chaleur tropicale.
— Tu veux la jouer de cette manière ! s’exclame-t-elle en tirant le drap auquel je m’agrippe désespérément. Continue et je serai dans l’obligation de passer à l’étape numéro deux. Maintenant tu choisis !
Dans la bouche de ma mère, l’étape numéro deux consiste en l’attaque de chatouilles, or je déteste ça plus que tout au monde. 1-0 pour ma mère qui, les bras levés en direction du ciel, se félicite de m’avoir délogée de mon lit. La motivation n’est pas au rendez-vous. Le pas mou, je passe de la chambre à la salle de bain, puis de la salle de bain à la cuisine et enfin de la cuisine au canapé du salon, avec cet air mal réveillé qui a le don de l’agacer.
— Chloé !
Je manque de m’étouffer avec ma tranche de brioche. Cette fois, j’ai compris. Je me presse, pas la peine de s’énerver. Pour lui prouver qu’elle a tort, je sors de l’immeuble le pas nonchalant. Je suis à la bourre et devrais foncer, mais je ne peux pas, elle m’observe depuis la fenêtre du salon. Courir lui donnerait raison.
C’est avec décontraction que je monte dans la voiture et c’est seulement une fois sur la route, loin de sa moue réprobatrice, que j’appuie sur le champignon.

Je réussis enfin à trouver une place à proximité de l’entreprise située dans le quartier de La Défense. C’est le moment de l’épreuve du créneau. J’essaie de me garer sans abîmer la voiture familiale. La manœuvre impossible, celle que je dois reproduire trois fois pour parvenir à un résultat décent.
Durant l’un de mes essais, un jeune homme s’approche de la voiture, me faisant signe de baisser la vitre.
— Avez-vous besoin d’aide ?
— Non merci, je gère, assuré-je, pressée.
— Vous en êtes certaine ? Vous bataillez depuis cinq minutes.
— Oui, réponds-je, agacée par son audace.
— Je vous prie de m’excuser, mon intention n’était pas de vous offenser.
— Excuses acceptées, bonne journée.
— Vous savez…
— Je n’ai pas le temps de bavarder. Je ne suis pas une jouvencelle en détresse ayant besoin d’être sauvée. Alors merci, mais non merci. Je vais garer ma voiture comme la grande fille que je suis. Bonne journée !
Je referme la vitre lui faisant signe de se pousser. L’homme s’écarte enfin et s’évanouit dans la foule.
— Emmerdeur, grogné-je.
Remontée à bloc et vexée, je poursuis mes manœuvres. Pour qui se prend-il ? Le Superman du créneau ! Jamais il n’aurait fait cette proposition à un homme. Oh ! que ça me gonfle !
Le siège social est un gratte-ciel moderne comptant une quarantaine d’étages. Le nom de la multinationale est écrit tout en haut de la tour en lettres d’acier. Le regarder me donne le tournis.
Je pénètre dans le bâtiment trop fréquenté à mon goût pour un samedi matin. La Défense est un monde à part, les week-ends n’existent pas ou peu pour les employés.
Derrière l’immense bureau d’accueil, deux jolies hôtesses m’adressent un sourire de bienvenue. Leur parfaite dentition, plus blanche que blanche, me ferait presque reculer devant tant de perfection.
— Chloé Cage. J’ai rendez-vous avec Mme Dubois.
— Un instant, mademoiselle Cage.
Trop occupée à examiner les alentours, je ne relève pas la mauvaise prononciation de mon nom. Vêtue de mon vieux trench noir et de mes baskets, je me sens ridicule. Je ne parle même pas de ma coiffure inexistante fruit d’un simple coup de brosse dans ma sombre et longue crinière ondulée.
— M. Gaune va vous accueillir. Veuillez signer la tablette, s’il vous plaît.
— M. Gaune ?
— Voici votre badge. Prenez l’ascenseur B à votre gauche, c’est au quarante et unième étage.
Prendre l’ascenseur est une souffrance, surtout pour me rendre à un étage si élevé. En y réfléchissant, ce n’est pas la mort. Entre ça et les escaliers, mon choix est vite fait, j’aime le sport, mais il ne faut pas abuser. Mon stress s’accroît à l’intérieur de la cabine d’acier. Si j’avais su que je rencontrerais Apollon, je me serais habillée d’une tout autre manière. Que va-t-il penser en me voyant ainsi ? … Le jour et la nuit.
Je souffle un bon coup, il me faut cette alternance. C’est ma dernière chance de valider mon année. Les portes coulissent, je m’engage dans l’immense hall immaculé au mobilier contemporain et aux lignes épurées. L’endroit est désert, hormis cette femme aux pattes-d’oie prononcées, assise derrière un bureau surdimensionné.
— M. Gaune va vous recevoir, me dit-elle en se levant pour m’accueillir. Puis-je prendre votre veste ?
— Ne vous donnez pas ce mal, je ne fais que l’aller-retour.
— Puis-je vous proposer une collation ?
La porte face à son bureau s’ouvre. Un sculptural jeune homme se manifeste, ce n’est pas Apollon. Cependant, je repère immédiatement un air de famille et une prestance qui m’est familière. De courts cheveux bruns ébouriffés, un regard bleu à vous hypnotiser, une barbe parfaitement taillée et un sourire qui, en plus d’être charmeur, est ravageur. Aveuglée par tant de beauté concentrée en un seul et même être, j’ai bien envie de lui serrer autre chose que la main.
Sous l’insistance de son regard, une sensation étrange me parcourt. Mes mains tremblent, ma respiration s’accélère, mon cœur tambourine contre la paroi de ma poitrine. Merde. Je me liquéfie sur place en reconnaissant soudain l’inconnu du parking.
— Enchanté, mademoiselle Cage. Vous avez fini par réussir à vous garer ? Mais où sont passées mes bonnes manières ? Je me présente : Sébastien Gaune, directeur général de Gaune International Corporation, fit-il en me tendant la main.
Ah oui ? Sans blague !

Découvrez le chapitre 5, lundi 25 juin 2018 


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