vendredi 7 décembre 2018

Alliance Factice : la couverture dévoilée

vendredi 7 décembre 2018

Alliance Factice : la couverture dévoilée


Enfin ! Je suis ravie de pouvoir vous présenter le fruit de plusieurs mois de travail. 
Je le confesse, ça n'a pas été évident tous les jours. Des périodes IN d'autres OUT, le but étant de persévérer pour créer un ebook à la hauteur de mes espérances.
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vendredi 23 novembre 2018

Bientôt...

vendredi 23 novembre 2018

Bientôt...



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mardi 16 octobre 2018

Automne/Hiver : séries et films à mater sous le plaid !

mardi 16 octobre 2018

Automne/Hiver : séries et films à mater sous le plaid !


Qui dit retour de l’automne, arrivée de l’hiver, dit aussi retour d’une routine dans laquelle je me complais cinq mois sur six et augmentation exponentielle de ma facture de chauffage. Vous l’aurez compris, quand les feuilles tombent des arbres, que le soleil cache le bout de son nez, j’entre en semi-hibernation. Et quoi de mieux que de glandouiller devant son téléviseur, son chocolat chaud à portée de main, un plaid plié en six à l’extrémité du canapé ?
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mardi 26 juin 2018

New Adult... romances de gare ?

mardi 26 juin 2018

New Adult... romances de gare ?


Ces derniers temps plus qu’auparavant, la romance est malmenée. En particulier, les romances New adult.

Le genre new adult kesaco? C’est un sous-genre de la romance qui très souvent attire un public féminin d’une tranche d’âge assez large, les 16 – 35 ans, voire plus. Ce n’est pas la  quadra que je croise dans le bus qui dira le contraire… Pas un matin sans que je ne l’aperçoive avec un texte croustillant entre les mains.
Ce genre né aux États-Unis en 2009, met en scène des héroïnes/héros d’une vingtaine d’années qui durant leurs tribulations, vivent tout un tas de premières fois... Dont quelques petites sauteries parfois bien exagérées, au vu du contexte et de la timidité de l’héroïne. Dans ces romans, la romance est omniprésente et sous toutes ses formes contemporaine, historique, érotique. Sur Wattpad, par exemple, plateforme d’écriture, il y a autant de romances que de lectrices. Moi, exagérer ?... Non !

Depuis le phénomène planétaire 50 nuances, le New adult pullule dans les librairies et les rayons de supermarchés. Il y a du choix, parfois trop et je m'y perds. Ce livre-là, ce livre-ci, pas facile de se décider. Et en fait si, il est simple de se décider en lisant les résumés. Et là, c’est le drame. 
On reconnaît une romance NA à sa couverture, je m’en arrache parfois les cheveux. La beauté du visuel est souvent mise à mal pour mettre en scène une sexualité à outrance, non plus de l’érotisme et de la subtilité. Les hommes sont la plupart du temps torse nu, les nanas aguicheuses, les tétons pointant en direction du soleil. Je caricature, mais nous ne sommes pas loin du compte. Les couvertures desservent les livres plus qu’elles ne les servent. De plus, les visuels sont quasiment identiques d’une maison d’édition à une autre et parfois, on retrouve la même photographie pour deux histoires commercialisée par des maisons d’édition différentes. Mis à part le logo, rien ne nous permet de dissocier une collection d’une autre. Un peu d’imagination bon sang de bonsoir ! 
Le résumé… est souvent écrit à la va-vite où les mots « jeunes filles timides » et « sexe » sont mentionnés en majuscule police 16… afin de s’assurer que le lecteur(rice) assimile totalement les enjeux du bouquin. Honnêtement, s’il ne l’a pas compris en observant la couverture, c’est que ce dernier a un sacré problème visuel. À croire que pour vendre ce genre littéraire, il n’y a besoin que du minimum, c’est-à-dire une sainte nitouche, un bad boy et du « cul », incroyable, mais vrai.

Disons que la couverture et le résumé m’intriguent… J’achète le livre et me décide à commencer ma lecture. Les schémas types parlent d’eux-mêmes dès les premières pages et je sais immédiatement où l’auteur(e) veut m’emmener. Autant vous dire que je ne supporte plus les clichés de la racaille, du lycée ou encore de la jeune stripteaseuse, ou poule de luxe qui vend son corps et trouve cela sympa. J’ai passé l’âge. Je ne m’attarde plus sur ces fictions qui me sortent littéralement par les trous de nez. Je n’ai rien contre les clichés, je suis la première à les utiliser dans mes écrits. Mais un peu de bon sens et surtout d’imagination ne font pas de mal. Un livre ne doit pas être la copie conforme d’un autre. Certes, en tant qu’auteur(e) on s’inspire d’autres romans, de films, de ce qui nous entoure. Toutefois, il faut savoir contourner certains pièges et ne pas se laisser tomber dans la facilité. 

Et l’image de la femme, on en parle ? Je la déplore dans certaines histoires ! Par pitié, pourquoi toujours placer la femme en position de faiblesse ? La plupart du temps, elle apparaît comme drôlement candide, à la limite de la bêtise. Elle se laisse mener par le bout du nez par un homme qui s’érige en roi de la misogynie. Cet énergumène, souvent jeune et canon, collectionne les conquêtes et du jour au lendemain, se range subitement pour celle qu’il aime, mais à qui il ne pourra pas s’empêcher de faire les pires coups bas. Ces romans sont écrits par des -jeunes- femmes et j’avoue que parfois, je ne comprends pas les fantasmes mis en scène. Qui y’a-t-il de positif à aimer un salaud ? Les gens ne changent pas du jour au lendemain par amour. Comme ils ne se réveillent pas subitement en songeant qu’ils aiment la femme qu’ils ont ignorée pendant dix-huit ans ou maltraitée pendant l’ensemble de leur scolarité. 
Cette vision de l’amour me dérange au plus haut point. Je ne parle même pas des scènes de violences psychologiques ou physiques que certains auteurs justifient par de l’amour. Violences banalisées ? L’amour a bon dos… répugnant.

Le sexe mis en scène est soit niais, soit vulgaire ou idéalisé. La femme timide au possible se révèle être une vraie nympho qui ne connaît pas son corps et en oublie dans sept romans sur dix la présence de son clitoris. Par contre le matos du gars, elle le connaît. Elle le connaît par cœur ! Et page après page, la lectrice a droit à des dizaines de descriptions de l’anatomie d’un homme au phallus protubérant à la limite de la courgette qui offre maint et maint orgasme. C’est bien connu, les femmes jouissent à tous les coups. 

Bref. J’ai ressenti le besoin de vous faire partager mes impressions après ma lecture d'un roman NA qui a tout bonnement tué mon cerveau et tranché mes ovaires.

Je ne crache pas dans la soupe, j’écris du NA. Seulement, je milite pour des romans émancipés, des femmes libres qui prennent leur destin en main sans être les caricatures de tout ce qui me rebute en tant que jeune femme. Je veux que les thèmes sensibles soient abordés sérieusement, pas simplement enjolivés ou passer à la trappe. J’ai besoin de voir de flamboyantes couvertures, de jolie « packaging » pour définitivement comprendre que les maisons d’édition s’intéressent réellement à ce genre pour les messages qu’il véhicule et pas seulement pour les bénéfices qu’elles peuvent retirer d'une histoire de sexe. Il faut capitaliser sur les romances innovantes, aux sujets cohérents traités avec soin. Et peut-être qu’enfin, les gens cesseront de se lasser et de classer le New Adult dans la catégorie « romance de gare ».
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lundi 25 juin 2018

Irrésisitiblement Toi - Chapitre 5

lundi 25 juin 2018

Irrésisitiblement Toi - Chapitre 5


— Entrez, je vous en prie.

Je m’exécute, remarquant immédiatement la magnifique vue dont jouit la pièce. La puissance de la hauteur donne l’impression de contrôler son monde. Tout dans ce lieu rappelle consciemment, ou inconsciemment, le pouvoir et la domination. Pas étonnant que le bureau se situe au quarante et unième étage. Les Gaune règnent en maîtres sur La Défense, du haut de leur tour : un monde d’hommes fait pour les hommes où s’érigent des édifices aux architectures subtilement phalliques. Les entreprises encerclant le bâtiment, aussi connues soient-elles, paraissent être de petits points dans l’horizon urbain comparées à cette tour gigantesque. La pièce est lumineuse. Entourée de baies vitrées, elle pourrait facilement accueillir une congrégation d’une vingtaine de personnes. Le style est neutre. Monsieur ne s’est pas embarrassé d’une décoration colorée. Les murs, où quelques œuvres contemporaines sont accrochées, sont de couleur claire. Le sol est recouvert d’un sublime gris. Le gros mobilier n’est quasiment constitué que de verre à l’exception de la table de réunion et de deux armoires. Je ne m’attarde pas sur la vue, la peur du vide reprenant le dessus.
À son tour, Sébastien Gaune contemple le paysage puis s’installe à son bureau.

— Il n’est pas interdit de vous asseoir, dit-il en désignant l’un des sièges en cuir noir.

De nouveau, je m’exécute. Faire profil bas est la meilleure option au vu de la situation. Plusieurs sièges en cuir noir entourent la table et de mignons petits fauteuils cernent une autre table, basse celle-ci, placée près des vitres. Quoi de mieux pour appâter les clients et les partenaires que de leur proposer un petit café, confortablement installé dans des canapés douillets. Tout cela en contemplant le paysage urbain de La Défense.

— Chloé, vous êtes avec moi ?

Face à moi, Sébastien Gaune ouvre un dossier où figure mon nom.

— Une collation vous a-t-elle été proposée ?

— Oui.

Ma nervosité se lit sur mon visage et mon interlocuteur prend un malin plaisir à en jouer. Il lève les yeux dans ma direction, un sourire au coin des lèvres.

— La grande fille que vous êtes peut se détendre. Je ne vais pas vous gronder, ni même vous mordre.

Manifestement, il fait allusion à notre catastrophique première rencontre. C’est moi ou il fait chaud soudainement dans ce bureau ? Pour ne pas dégouliner de sueur devant mon futur patron, je me décide à enlever mon trench.

— Je me suis légèrement emportée tout à l’heure, j’en suis sincèrement désolée. Quand il s’agit de conduite, je suis irritable.

— Je ne m’en étais pas aperçu, réplique-t-il en s’adossant contre son siège.

— Je sais me contenir.

— Des crises d’hystérie ?

— Non. Je suis une personne calme.
Calme est un bien grand mot.

— Espérons. Travailler au sein d’un service de ressources humaines implique énormément de patience. Le bien-être de nos salariés est capital. Je n’apprécierais pas d’entendre que l’une de mes collaboratrices ou l’un de mes collaborateurs se soit emporté.
Il extirpe de son dossier un document qu’il me tend.

— Voici votre contrat d’alternance signé par mes soins. Un exemplaire a été transmis à votre université ce matin.

— Merci.

— Votre tutrice sera Mme Clembo, responsable du service des ressources humaines du siège social parisien, qui compte à lui seul deux mille collaborateurs : une masse de travail considérable. Ci-joint un contrat de confidentialité. Certaines des informations que vous traiterez seront confidentielles. En cas de diffusion de votre part, des poursuites pénales pourront être engagées. Prenez le temps de lire le contrat avant de le signer.

— D’accord, acquiescé-je, comme une enfant impressionnée.

— Votre souhait a été respecté. Vous travaillerez au sein de l’entité les lundi, mardi et mercredi durant douze mois. Si votre travail est satisfaisant, il se pourrait que l’on vous propose un poste permanent au sein de l’entreprise. Le si signifiant une hypothétique proposition, non une affirmation.

— Si j’obtiens mon master, je compte poursuivre mes études.

— Je vois, se contente-t-il de répondre en jetant un coup d’œil à sa montre. Je ne vous retiens pas plus longtemps, mademoiselle Cage.
Il se lève. En remettant mon manteau, je constate qu’une partie de mon soutien-gorge en dentelle dépasse du décolleté de mon pull. Encore une maladresse. En temps normal, j’aurais pensé que ce petit bout de dentelle apparent donnerait à la situation un aspect sensuel. Dans le cas présent, c’est totalement malvenu. Heureusement pour moi, il ne me l’a pas fait remarquer, pas plus qu’il n’a louché dessus. Quel gentleman !

— Je vous remercie d’avoir pris le temps de me recevoir.

— Pourquoi ne l’aurais-je pas fait ?

— Vous êtes sûrement très occupé.
Son regard est tellement intense que j’en perds mes documents. Il se baisse pour les ramasser. Nous sommes si proches. Je suis enivrée par l’agréable odeur de son parfum. Un parfum élégant, sensuel, racé, aux notes orientales épicées. Mes hormones s’emballent. Son regard bleu si puissant me désarme, il doit faire cet effet-là à toutes les femmes.
« Oh ! » hurle ma petite voix.

— Avez-vous des questions ?

— Non, ça ira. Vous avez été clair.
Il ouvre la porte et me tend la main. Sacrée poigne. Son assistante est déjà partie quand une autre femme fait son apparition. Elle est grande, fine, élancée, élégante, blonde, bien maquillée, tout apprêtée. Un simple coup d’œil me permet d’établir que tout nous oppose.

— Sébastien ! s’exclame-t-elle en s’avançant vers lui pleine d’enthousiasme.

— Adriana.
Ça sent la pétasse arrogante insupportable. Elle s’approche, me pousse comme si de rien n’était et l’embrasse sur les lèvres. Elle marque son territoire. Le fantasme de l’Apollon Junior s’effondre. Toute l’excitation accumulée dans mon corps durant les dernières minutes vient purement et simplement de s’envoler. Qui peut rivaliser avec une femme nommée Adriana ? Adriana Lima, Adriana Karembeu. Le concept de l’Adriana moche n’existe pas. Celui de la Chloé banale, voire vilaine, lui, est bien réel.

— À bientôt, balbutié-je en m’éloignant sans attendre de réponse.
Je jette un dernier coup d’œil vers eux avant de m’engouffrer dans le couloir. Apollon Junior me contemple mine de rien, tandis qu’Adriana écrase les pruneaux qui lui servent de seins contre lui. Elle n’a aucun souci à se faire. Une jeune femme comme moi n’attire pas un homme comme lui. Une jeune femme comme moi attire les détraqués, balafres à l’appui.


Arrivée à la voiture, je respire enfin. Je ne comprends pas le chamboulement qui s’opère. Est-ce un coup de foudre ? Il m’a fait un effet monstre, c’est indéniable. Son corps a fait réagir le mien, pourtant ça n’ira pas au-delà. Dans deux mois, il sera officiellement mon nouveau patron. Au vu de la superficie du bâtiment, nous ne risquons pas de nous croiser souvent. Tant mieux, je n’aimerais pas m’attirer les foudres d’Adriana. Ce genre de femme serait capable de me déclarer la guerre sans raison valable. Pourquoi fais-je tout un cinéma de rien ? Assurément, il est canon, mais il n’est pas mon type d’homme. Dans deux heures, toute cette histoire sera oubliée. Je n’aurai plus qu’à sabler le champagne pour célébrer la fin de ma course au poste en alternance
En rentrant dans le petit nid douillet de trois pièces que je partage avec ma mère au sein d’une copropriété au centre de Paris, je la retrouve avec Ariel en pleine session de cuisine intensive. C’est notre rituel du samedi. Nous cuisinons dans la bonne humeur et mangeons ensemble, en nous racontant les derniers potins. Ce midi, je serai sur la première place du podium avec mon embarrassante histoire.
Nous nous apprêtons à passer à table dans la chaleureuse et lumineuse salle à manger récemment redécorée quand quelqu’un sonne.

— Chloé, je pense que c’est pour toi ! s’exclame ma mère depuis l’entrée où un livreur de la très chic pâtisserie Pour ses beaux yeux se tient debout, une boîte couleur or et argent à la main.

— Voilà pour vous, madame.
Je la saisis et rentre sous le regard curieux des deux pies qui cessent de jacasser.

— Hmm ! renifle Ariel.

— Ces délicieux desserts vont compléter notre repas, les filles, ajoute ma mère.

— Une carte !
Je n’ai pas eu le temps de vous dire au revoir convenablement, ce matin.
En espérant que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.
Le message est signé des initiales S.G.

— S et G, SG ? Sophie Graham, elle est folle de toi depuis que tu as débarqué chez Barley&Co.

— Ne dis pas de bêtises. Elle n’aime pas les femmes.

— Mon radar dit que si, clame Ariel. S et G, qui cela peut-il être ? réfléchit-elle à haute voix. Han ! Sébastien Gaune ! Progéniture de Martin Gaune, roi du pétrole.

— C’est plus complexe, rétorqué-je.

— Du pareil au même !

— Sébastien Gaune vient de t’envoyer un cadeau ? lance ma mère sur un ton enjoué.

— Comment le connais-tu ? demandé-je, intriguée.

— Ariel a reconstitué l’arbre généalogique des Gaune ce matin, merci Internet, se réjouit ma mère en hochant la tête.

— J’hallucine… et non ! C’est simplement une manière polie de me montrer que… en fait, je n’en sais rien et je m’en fiche.

— Ce n’est pas courant d’envoyer des gâteaux à une future employée, poursuit ma mère.

— C’est une offrande au sexe, Chloé… Il a craqué pour toi, me susurre Ariel à l’oreille tandis que ma mère tourne les talons. Une manière délicate de te dire que comme les pâtisseries, tu vas bientôt passer à la casserole, poursuit-elle, morte de rire.
Le pauvre homme. Si telle est son intention, il ne sait pas dans quoi il s’engage. S’il y a bien une personne qui passera à la casserole, ce ne sera clairement pas moi. Sauter au cou des hommes, gonfler leur ego, dire amen à tout et à rien, se blottir dans des bras protecteurs, faire dans le sentimental, passer des moments tendres bras dessus, bras dessous, sourire comme une idiote au moindre compliment, servir de femme trophée, dire je t’aime… ce n’est pas mon genre. Sébastien Gaune, tu es prévenu.

Découvrez le chapitre 6, mardi 26  juin 2018 


Irrésistiblement Toi (Collection Ma Next Romance / Éditions Albin Michel) → Disponible le 27 juin 2018 (ebook et format papier à la demande)


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samedi 23 juin 2018

Irrésistiblement Toi - Chapitre 4

samedi 23 juin 2018

Irrésistiblement Toi - Chapitre 4


Le réveil sonne fort en ce matin du mois de juillet. Très fort. Au bout de plusieurs tentatives, je parviens à l’éteindre. Je m’enroule dans mon drap et me rendors quand la machine infernale s’active de nouveau. Je la saisis et la débranche brutalement. Le calme. Je peux enfin me rendormir paisiblement. C’était sans compter sur l’arrivée de ma mère.
— Nous sommes samedi. Tu ne vas pas passer ta matinée au lit.
— Pourquoi pas ?
— Tu dois aller chercher ton contrat d’alternance dans ta société d’accueil, ce matin.
— Afin de le transmettre au secrétariat de mon école avant midi, oui, je sais. Il n’y a pas le feu aux flaques.
— Chloé, si je ne m’abuse, il est déjà dix heures ! À midi l’établissement fermera ses portes pour deux semaines !
— J’ai le temps.
— Non ! Tu ne l’as pas !
— S’il te plaît, encore cinq minutes.
— Ma chérie, tu sais que je t’aime, mais parfois tu es exaspérante. Ton master est en jeu. Tu te lèves de ton plein gré ou alors…
— Ou alors quoi ?
N’obtenant aucune réponse, je sors le bout de mon nez de sous la fine couverture. J’aurais mieux fait de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de la ramener. Ni une ni deux, elle bondit, soulève les stores, ouvre les rideaux et m’arrache ma couverture. L’air frais dans ma chambre s’engouffre sous mon drap où régnait une chaleur tropicale.
— Tu veux la jouer de cette manière ! s’exclame-t-elle en tirant le drap auquel je m’agrippe désespérément. Continue et je serai dans l’obligation de passer à l’étape numéro deux. Maintenant tu choisis !
Dans la bouche de ma mère, l’étape numéro deux consiste en l’attaque de chatouilles, or je déteste ça plus que tout au monde. 1-0 pour ma mère qui, les bras levés en direction du ciel, se félicite de m’avoir délogée de mon lit. La motivation n’est pas au rendez-vous. Le pas mou, je passe de la chambre à la salle de bain, puis de la salle de bain à la cuisine et enfin de la cuisine au canapé du salon, avec cet air mal réveillé qui a le don de l’agacer.
— Chloé !
Je manque de m’étouffer avec ma tranche de brioche. Cette fois, j’ai compris. Je me presse, pas la peine de s’énerver. Pour lui prouver qu’elle a tort, je sors de l’immeuble le pas nonchalant. Je suis à la bourre et devrais foncer, mais je ne peux pas, elle m’observe depuis la fenêtre du salon. Courir lui donnerait raison.
C’est avec décontraction que je monte dans la voiture et c’est seulement une fois sur la route, loin de sa moue réprobatrice, que j’appuie sur le champignon.

Je réussis enfin à trouver une place à proximité de l’entreprise située dans le quartier de La Défense. C’est le moment de l’épreuve du créneau. J’essaie de me garer sans abîmer la voiture familiale. La manœuvre impossible, celle que je dois reproduire trois fois pour parvenir à un résultat décent.
Durant l’un de mes essais, un jeune homme s’approche de la voiture, me faisant signe de baisser la vitre.
— Avez-vous besoin d’aide ?
— Non merci, je gère, assuré-je, pressée.
— Vous en êtes certaine ? Vous bataillez depuis cinq minutes.
— Oui, réponds-je, agacée par son audace.
— Je vous prie de m’excuser, mon intention n’était pas de vous offenser.
— Excuses acceptées, bonne journée.
— Vous savez…
— Je n’ai pas le temps de bavarder. Je ne suis pas une jouvencelle en détresse ayant besoin d’être sauvée. Alors merci, mais non merci. Je vais garer ma voiture comme la grande fille que je suis. Bonne journée !
Je referme la vitre lui faisant signe de se pousser. L’homme s’écarte enfin et s’évanouit dans la foule.
— Emmerdeur, grogné-je.
Remontée à bloc et vexée, je poursuis mes manœuvres. Pour qui se prend-il ? Le Superman du créneau ! Jamais il n’aurait fait cette proposition à un homme. Oh ! que ça me gonfle !
Le siège social est un gratte-ciel moderne comptant une quarantaine d’étages. Le nom de la multinationale est écrit tout en haut de la tour en lettres d’acier. Le regarder me donne le tournis.
Je pénètre dans le bâtiment trop fréquenté à mon goût pour un samedi matin. La Défense est un monde à part, les week-ends n’existent pas ou peu pour les employés.
Derrière l’immense bureau d’accueil, deux jolies hôtesses m’adressent un sourire de bienvenue. Leur parfaite dentition, plus blanche que blanche, me ferait presque reculer devant tant de perfection.
— Chloé Cage. J’ai rendez-vous avec Mme Dubois.
— Un instant, mademoiselle Cage.
Trop occupée à examiner les alentours, je ne relève pas la mauvaise prononciation de mon nom. Vêtue de mon vieux trench noir et de mes baskets, je me sens ridicule. Je ne parle même pas de ma coiffure inexistante fruit d’un simple coup de brosse dans ma sombre et longue crinière ondulée.
— M. Gaune va vous accueillir. Veuillez signer la tablette, s’il vous plaît.
— M. Gaune ?
— Voici votre badge. Prenez l’ascenseur B à votre gauche, c’est au quarante et unième étage.
Prendre l’ascenseur est une souffrance, surtout pour me rendre à un étage si élevé. En y réfléchissant, ce n’est pas la mort. Entre ça et les escaliers, mon choix est vite fait, j’aime le sport, mais il ne faut pas abuser. Mon stress s’accroît à l’intérieur de la cabine d’acier. Si j’avais su que je rencontrerais Apollon, je me serais habillée d’une tout autre manière. Que va-t-il penser en me voyant ainsi ? … Le jour et la nuit.
Je souffle un bon coup, il me faut cette alternance. C’est ma dernière chance de valider mon année. Les portes coulissent, je m’engage dans l’immense hall immaculé au mobilier contemporain et aux lignes épurées. L’endroit est désert, hormis cette femme aux pattes-d’oie prononcées, assise derrière un bureau surdimensionné.
— M. Gaune va vous recevoir, me dit-elle en se levant pour m’accueillir. Puis-je prendre votre veste ?
— Ne vous donnez pas ce mal, je ne fais que l’aller-retour.
— Puis-je vous proposer une collation ?
La porte face à son bureau s’ouvre. Un sculptural jeune homme se manifeste, ce n’est pas Apollon. Cependant, je repère immédiatement un air de famille et une prestance qui m’est familière. De courts cheveux bruns ébouriffés, un regard bleu à vous hypnotiser, une barbe parfaitement taillée et un sourire qui, en plus d’être charmeur, est ravageur. Aveuglée par tant de beauté concentrée en un seul et même être, j’ai bien envie de lui serrer autre chose que la main.
Sous l’insistance de son regard, une sensation étrange me parcourt. Mes mains tremblent, ma respiration s’accélère, mon cœur tambourine contre la paroi de ma poitrine. Merde. Je me liquéfie sur place en reconnaissant soudain l’inconnu du parking.
— Enchanté, mademoiselle Cage. Vous avez fini par réussir à vous garer ? Mais où sont passées mes bonnes manières ? Je me présente : Sébastien Gaune, directeur général de Gaune International Corporation, fit-il en me tendant la main.
Ah oui ? Sans blague !

Découvrez le chapitre 5, lundi 25 juin 2018 


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jeudi 21 juin 2018

Irrésistiblement Toi - Chapitre 3

jeudi 21 juin 2018

Irrésistiblement Toi - Chapitre 3


Étiqueter, ré-étiqueter et encore étiqueter. Nous n'en verrons jamais le bout avec Ariel. Je lui ai proposé plusieurs fois de m'étouffer en m'enfonçant un paquet d'étiquettes dans la bouche ou de me tordre le cou avec un cintre. Rien à faire, elle n'est pas décidée. Achever l'étiquetage seule ne l'excite pas plus que moi.
— Chloé ! C'était le dernier prix à accrocher ! Je suis tellement émue ! Et fière de nous ! Alléluia ! s'exclame Ariel en soufflant sur la mèche rousse qui s'est échappée de son interminable queue de cheval ondulée.
Nos gloussements et soupirs de soulagement n'échappent pas à Rosa qui comme à son habitude nous espionne depuis la caisse. Non, excusez-moi, depuisl a tribune de paiement comme elle l'a surnommée et s'obstine à nous le rabâcher. L'appellation est tout de suite plus élégante. Il est vrai que lorsqu'on achète un polo à six cents euros, il est préférable de se rendre à la tribune de paiement pour l'encaissement par une hôtesse que de passer en caisse payer son dû à la vendeuse. Question de style sans nul doute. Pour fêter notre victoire sur les étiquettes, nous décidons avec Ariel de faire une pause. En fait, nous nous en sommes octroyé au moins six durant l'après-midi, toutes plus méritées les unes que les autres, comme le dit si bien Ariel : « Pas vu, pas pris. »
Que ferais-je sans elle ? Ma super collègue et grande amie. La savoir à mes côtés est une bouffée d'air frais, sans elle les journées de boulot seraient moroses et interminables. Nous deux, c'est une longue histoire d'amour ou plutôt d'amitié, un peu des deux en fait. Je l'aime comme une sœur et réciproquement. Nous nous sommes rencontrées il y a maintenant trois ans à mon arrivée, ici, au cinquième étage, département « homme », entre les pulls et les polos, les chaussettes et les écharpes. Ça a tout de suite accroché. Un vrai coup de foudre amical. 
Pétillante, drôle, extravertie, belle et joviale sont les mots qui la définissent le mieux. Comme moi, Ariel ressent le besoin de poursuivre ses études. Issue d'un milieu modeste, elle sait mieux que personne qu'un diplôme, en ces temps difficiles vaut tout l'or du monde. Elle se consacre d'arrache-pied à l'obtention de son master de droit. Plus tard, elle souhaite devenir avocate en droit des affaires. Son potentiel et sa gouaille devraient lui permettre de réaliser son vœu. À part cela, rien à signaler, sauf peut-être qu'elle est aussi la meilleure copine de beuverie de tous les temps, atout qui n'est qu'un infime détail parmi tant d'autres.
— Il est l'heure que j'y aille, ma poule.
— Tu m'abandonnes.
— Ne fais pas cette tête. Il va choisir des costards, le client, et hop, ce sera terminé. Je l'ai googlé. Ça envoie du lourd ! Si je n'avais pas été obligée de terminer un devoir ce soir, je peux t'assurer que je serais restée juste pour l'espionner à travers les portes de la cabine ! Une cinquantaine d'années, un mètre quatre-vingt-cinq, des yeux aussi bleus que l'océan Indien, un corps athlétique, du poil au torse, un sourire charmeur. Tu vas être conquise et lui aussi... même si ce n'est pas trop ton truc les hommes matures, enfin... pas dans le cadre de relations normales.
— Par normales, tu entends saines et équilibrées ?
— En effet, claque-t-elle des doigts en se tortillant jusqu'à l'escalier.
C'est sur ces mots que l'on se quitte. Il est dix-sept heures, tout est organisé pour que ce fameux M. Gaune se sente comme un poisson dans l'eau. Attendant son arrivée, je remets de l'ordre sur les comptoirs et dans les vitrines. Une vitrine propre, bien rangée et étincelante est un aimant à fric. Les clients succombent aussi facilement que moi devant celle de mon glacier préféré. 
Chantonnant en admirant mon chef-d'œuvre d'agencement, je sens mon téléphone vibrer :
le poulet est dans le four !
Pierrot, l'agent d'accueil du magasin, et ses textos codés ne cesseront jamais de me donner le sourire. Les portes de l'ascenseur s'ouvrent et je reste bouche bée. Dieu aurait-il répondu à mes prières en m'envoyant un apollon tout droit descendu de l'Olympe ? Non non, simplement M. Gaune qui sort de l'ascenseur... nettement moins glamour. Le mâle dans toute sa splendeur. Son charisme est si intense qu'il m'en fait perdre mon portable.
« Baver ne fait pas partie de tes attributions ! Reprends-toi »,gronde ma petite voix intérieure.
— Mademoiselle, bonjour.
La professionnelle prend le pas sur la jeune femme éblouie par tant de charme. Si les clients avaient tous les atouts de ce Martin Gaune, je plaquerais mes études pour un poste à temps plein chez Barley&Co. Zieuter ouvertement ces clients était interdit, mais un petit coup d'œil discret par-ci, par-là quand ils se changeaient dans la cabine ne pouvait pas faire de mal, en tout cas pas à moi.
— Monsieur. Je suis Chloé Cage, votre personal shopper attitrée. J'ai effectué une sélection pour vous. Je serai votre conseillère durant la séance d'essayage.
Les salutations terminées, nous nous dirigeons vers la cabine VIP de l'étage. Les petits plats ont été mis dans les grands. Je sors du frigo l'une de nos meilleures bouteilles de champagne et lui en propose un verre. Appâter le pigeon, tout un métier.
— Servez-vous une coupe, je ne vais pas boire seul.
— Ce serait avec plaisir, monsieur Gaune, mais je n'ai pas le droit de boire durant mon service.
— Une coupe ne vous fera pas virer.
Je grimace sans m'en rendre compte. Ce n'est qu'en croisant mon reflet dans le miroir que je reprends une expression convenable. S'il savait. Rosa me ferait virer pour moins que ça.
— De quoi ai-je l'air à trinquer seul ? Vous ne serez pas sanctionnée, je m'en assurerai. 
Il prend l'initiative de me servir. Je capitule, on ne dit jamais non à un homme de poigne, enfin pas au travail et dans la limite du raisonnable.
Un bruit sourd se fait entendre. Je me tourne vers la porte et remarque Rosa en pleine singerie. J'aurais dû m'en douter, jamais bien loin quand il s'agit d'engranger du profit.
— Prends cette satanée coupe ! chuchote-t-elle, en dessinant dans l'air le symbole de l'euro.
Déconcertée, je retrouve rapidement toute ma contenance. Le client est présent, je ne dois pas laisser paraître une once de doute sans quoi je perdrais toute crédibilité à ses yeux et verrais baisser mon chiffre d'affaires au profit de celui de mon collègue Paul qui me talonne à une centaine d'euros près cette semaine.
— Tenez.
— Merci, monsieur Gaune.
Après lui avoir expliqué le déroulement de la séance, Apollon – son surnom officiel à partir de maintenant –débute les essayages. Je suis sous le charme d'un homme qui pourrait être mon père. Quoique, par le passé, l'âge a rarement été une barrière. Pour éviter toute coulée de bave au coin de mes lèvres, je ravale ma salive comme un chien devant son os. Ma première pensée en l'attendant derrière l'épais rideau de velours rouge : quel est le crétin qui a eu l'idée saugrenue d'inventer le concept de la porte ? Non, mais franchement. Je suis sûre qu'Apollon doit afficher sous ses vêtements des tablettes de chocolat à se damner, un popotin à croquer et un zizi qui doit pouvoir faire trois fois le tour de l'Amérique. Un zizi ? Tu es sérieuse, là ? Quel âge as-tu, ma pauvre fille ? À peine ai-je le temps de sortir de mes pensées qu'il surgit de la cabine. Il porte un somptueux costard noir de luxe. Une magnifique chemise blanche, une ceinture qui vaut deux fois le montant des économies que j'ai placées à la banque et des chaussures ultra-vernies. Pour les faire briller avec autant d'intensité, j'imagine que la personne qui les a cirées a dû y laisser tout ou partie de sa santé.
— Je prends, me notifie-t-il, décidé.
— Parfait. Que souhaitez-vous essayer à présent ? J'opterais pour ce pull moutarde et ce pantalon à pince noir. Le mariage des deux couleurs fera ressortir votre regard.
— Vous avez cerné mon profil. Je n'ai pas la patience ni même le temps de tout essayer. Votre sélection me paraît idéale, je prends le tout.
— Ah.... oui... d'accord, bredouillé-je.
Un cri de satisfaction s'élève un peu plus loin. Bravo, Rosa, quelle discrétion !
— Je m'occuperai de tout remettre sur le portant.
C'est bien connu, les gens achètent les pièces de créateurs sans même les essayer, logique. Sur quelle planète vis-tu, ma chère Chloé ? Certainement pas la sienne. En plaçant les vêtements sur les cintres, une deuxième pensée me vient à l'esprit : il ne porte pas d'alliance. J'en déduis qu'il n'est pas marié, ou alors divorcé, peut-être veuf... sauf si c'est un porc de la pire espèce qui retire sa bague le matin et la remet le soir comme si de rien n'était. Ou peut-être est-il tout simplement en concubinage ? Célibataire ? Beau spécimen. Il pourrait plaire à ma mère. Pour en avoir le cœur net, je le googlerai ce soir. 
— Tout est bon pour moi, Chloé.
— Et moi donc, lâché-je, l'air rêveur en le contemplant.
— Comment ?
« Reprends-toi », hurle la petite voix dans ma tête.
— Je disais... disais... parfait.
Rame, rame, Chloé.
Il me sourit ostensiblement, récupère sa veste et me suit à la tribune de paiement. Pour éviter le long silence gênant durant l'encaissement, il me pose des questions sur mon emploi. Je lui explique que je ne suis au magasin qu'à temps partiel et que le reste de mon temps, je le passe sur les bancs de l'école. 
La transaction effectuée, je lui tends son faramineux ticket de caisse et lui rends sa carte de crédit noire. Carte de crédit noire, sous-entendu : je mange du caviar tous les soirs. Cette carte est le must du must, elle n'est possédée que par les personnes extrêmement riches. Ses prestations sont illimitées. Elle garantit à son possesseur une conciergerie ouverte sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui répondra à ses moindres désirs. Besoin de fraises à trois heures du matin en hiver ? Pas de problème. Besoin d'un plug anal fait main certifié made in France pour le plaisir de se voir enfoncer une sorte de tétine à usage détourné dans les fesses tandis que le ciel se déchaîne ? Pas de problème. Le pouvoir c'est la black card, la black card, c'est le pouvoir, tout est dit.
— Il me semble que vous pouvez faire votre année de master en alternance n'est-ce pas?
— Oui. Je dois trouver une entreprise d'accueil.
Je dois, il me faut, toujours utiliser des formules positives. Pour plus de poids, ne jamais s'enfoncer dans les chemins périlleux de la négation face à son interlocuteur surtout lorsque ce dernier a la possibilité d'influencer un groupe d'oligarques... j'en apprends tous les jours chez Barley&Co.
Apollon extrait une carte de son portefeuille.
— Nous accueillons des apprentis au sein de Gaune International Corporation. Si l'idée d'intégrer le service des ressources humaines au siège social parisien vous intéresse, contactez-moi au numéro inscrit sur la carte. Cela pourrait être une expérience enrichissante dans le cadre de vos études.
Waouh, la jolie carte en relief ! Un papier cartonné au grain épais noir sur lequel se trouve au centre le logo de l'entreprise gravé dans une couleur or. Derrière, le même design, avec cette fois-ci le titre et les coordonnées d'Apollon. Président, rien que ça. Une carte d'exception pour un homme d'exception, What else ? Je vais éviter de lui montrer nos cartes de visite, le ridicule ne tue pas, mais tout de même, inutile d'enfoncer le couteau dans la plaie.
— Merci beaucoup, monsieur Gaune, je n'hésiterai pas.
— Je n'en doute pas, répond-il quand je le raccompagne jusqu'à la sortie du magasin sous le regard amusé de Pierrot. Je vous remercie pour l'attention que vous m'avez accordée aujourd'hui. Je recommanderai ce service autour de moi pour son sérieux et sa qualité.
Sur ces mots, il sort du bâtiment et s'engouffre dans la somptueuse voiture avec chauffeur qui l'attend. Quel soulagement. J'entrevois enfin le bout de ma journée.

Dix-huit heures trente, je peux enfin rentrer chez moi. En allant récupérer mes affaires au vestiaire, je me remémore le déroulement de ma journée pour en arriver comme souvent à la même conclusion : encore un jour insignifiant dans la vie d'une jeune femme banale. Rien d'exceptionnel en soi. Se dévaloriser est un sport national chez la femme, paraît-il. À l'échelle mondiale je ne sais pas, à l'échelle personnelle, je confirme. Je ne vaux rien, je ne suis rien, si ce n'est un grain de sable dans l'univers qui se fond dans la masse. En côtoyant des personnes importantes ou auxquelles je donne une importance souvent par obligation, je me rends compte de mon statut social de subordonnée remplaçable et interchangeable. Oui, je suis remplaçable et j'en ai conscience. C'est malheureux, mais c'est ainsi.


Découvrez le chapitre 4, samedi 23 juin 2018 

Irrésistiblement Toi (Collection Ma Next Romance / Éditions Albin Michel) → Disponible le 27 juin 2018 (ebook et format papier à la demande)
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mardi 19 juin 2018

Irrésistiblement Toi - Chapitre 2

mardi 19 juin 2018

Irrésistiblement Toi - Chapitre 2


Captivée par la rubrique « Paroles d'hommes » du magazine acheté au kiosque la veille, j'acquiesce aux questions de ma mère sans y prêter attention. « Le harcèlement en entreprise vu par ces messieurs ». Intéressant, très intéressant. Entre bon sens et misogynie, il n'y a qu'un pas que certains franchissent aisément en brandissant des arguments désuets et pathétiques que je déconstruis à haute voix. Quand je lève la tête, je constate satisfaite que nous sommes à mi-chemin de mon lieu de travail. Le trafic est fluide, ce qui n'est pas toujours le cas. Pas besoin d'enfoncer rageusement le klaxon ou d'injurier qui que ce soit comme il m'arrive parfois de le faire au grand dam de ma mère. 
La plupart du temps, je suis à l'heure malgré les aléas des transports. Braver les rames de métro bondées est devenu mon activité journalière favorite. Le grand frisson de faire partie de la foule qui s'agglutine dans un espace restreint où fermentent les odeurs, l'agacement d'attendre une rame qui ne passe pas tandis qu'un imbécile insistant vous importune lourdement pour obtenir un 06, la colère de sentir le frotteur aguerri à l'érection protubérante plaquée contre votre postérieur : le métro, ça vous forge une femme. Le métro est une sacrée leçon de vie.

Étonnamment, je n'ai été en retard qu'une seule fois ces six derniers mois. La fois de trop pour ma grincheuse de responsable qui a menacé de me dénoncer à la hiérarchie si cela se reproduisait. J'ai besoin de ce travail pour financer mon master en ressources humaines, hors de question de faire un faux pas, et puis je ne lui donnerai pas la satisfaction de pouvoir me mettre à la porte. C'est tellement bon de la voir pester dans son coin toute la journée, que ce soit contre moi ou les autres employés.


Ma mère me dépose devant l'entrée du personnel. Après un coaching rituel intensif et inutile de cinq minutes, je m'échappe de la voiture sous son regard protecteur. Je salue mes collègues qui papotent clope au bec et m'engouffre dans le bâtiment haussmannien de cinq étages, prisé des nantis. J'emprunte l'escalier du personnel, me dirige au sous-sol afin de poser mes affaires au vestiaire et d'y récupérer mon badge. Ensuite, je monte au dernier étage, niveau « homme » du magasin de luxe. C'est à cet endroit que je passe la plupart de mes journées à officier en tant que vendeuse et personal shopper.

— Bonjour Rosa !

Hautaine comme personne, Rosa me lance un regard des plus méprisants. Un accueil glacial qui au bout de plusieurs années ne me fait plus aucun effet.

— Aujourd'hui, tu vas t'occuper personnellement de deux nouveaux clients. Le premier, M. George, a réservé le créneau de onze heures à quatorze heures. Le second, M. Gaune, a quant à lui rendez-vous à dix-sept heures.

— Je suis justement censée finir à dix-sept heures aujourd'hui.

— Je ne m'en étais pas aperçue.
Son sourire en coin dénote tout son sadisme. Elle le savait. Je respire un grand coup, la bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe. Enfin, la colombe chocolat au lait serait plus appropriée dans mon cas.

— Tu récupéreras tes heures la semaine prochaine.

Toujours aussi aimable, cette responsable. Rosa s'est levée du pied gauche, encore une fois. Avec le temps, l'équipe sous ses ordres a fini par avoir l'habitude de son comportement méprisant et médisant. Hormis les plus faibles, elle n'effraie plus personne. Le pouvoir lui est monté à la tête et avec lui s'est instauré un régime dictatorial dans le service où le client est roi, tandis que le vendeur sert de serpillière sur laquelle tous peuvent s'essuyer les pieds.

— Entre les deux rendez-vous, tu t'occuperas d'étiqueter les produits reçus ce matin, avec Ariel.

Demain vous gérerez la mise en rayon. Et par pitié, je ne veux pas vous entendre glousser toutes les deux, auquel cas la sanction tombera.
Alignant un pied devant l'autre comme le ferait un mannequin sur un podium, Rosa s'éloigne puis s'arrête subitement.

— Chloé !

— Oui, Rosa.

Ou plutôt lieutenant-chef Rosa.

— Aujourd'hui nous jouons gros. M. George est un client pointilleux, nous sommes la troisième enseigne de luxe qu'il teste, les deux dernières ne lui ayant pas donné satisfaction. M. Gaune est l'un des hommes les plus riches et influents du continent. Il est très respecté. Si tout se passe bien, il pourrait nous amener de futurs gros poissons. Donc.

— Donc, je dirai amen à leurs moindres caprices.

— Et bien sûr...

— Et bien sûr motus et bouche cousue.

Rosa est tellement prévisible qu'avec le temps je peux finir ses phrases et parfois les anticiper. Pendant qu'elle et le balai qu'elle a dans les fesses vont donner des instructions au reste de l'équipe, je me procure les dossiers de mes deux nouveaux clients dans un bureau sécurisé.
Me promenant entre les rayons dossiers en main, je repère des pièces qui pourraient correspondre au profil de mes clients et effectue une sélection rigoureuse. Polos, pulls, jeans, costards, gilets, écharpes, accessoires, tout y passe. Le riche étant souvent capricieux et le plus à même de faire sauter des têtes, je n'ai pas droit à l'erreur : un coup de fil au directeur est si vite passé.

Le PIB du Congo est concentré sur mes deux portants. Le prix des vêtements est si onéreux qu'il en devient indécent, n'est pas multimillionnaire qui veut. Ce monde d'opulence est à l'opposé du mien et de celui d'une majorité de la population. Parfois, il me révulse. Chez Barley&Co, j'en ai vu passer des êtres en dehors de toute réalité au porte-monnaie rempli de milliers d'euros, quand il ne s'agit pas de lingots d'or cachés sous un simple châle Hermès au fond d'un sac griffé. Je ne crache pas dans la soupe, j'aime mon activité. Il y a pire comme boulot que de flâner dans les rayons d'un magasin de luxe. Les gens ne sont pas toujours agréables, ni même polis et pensent qu'un compte en banque bien fourni permet de se soustraire aux règles de politesse les plus élémentaires. Ce n'est pas une généralité, mais ce n'est pas non plus une minorité. 
Des points positifs viennent contrebalancer cette affreuse vérité du métier. Mes collègues sont sympathiques, enfin pour la plupart. Le salaire est attractif pour un temps partiel. Et parfois les clients, qu'ils soient habitués ou non, laissent des pourboires que l'équipe se partage. De quoi me permettre d'économiser pour mes études et d'aider ma mère à payer les factures.

Le début de matinée a filé à une vitesse folle. Je viens à peine de terminer mes sélections qu'on me prévient de l'arrivée imminente de M. George à l'étage. Tout est prêt en cabine VIP, je cours l'accueillir à sa sortie de l'ascenseur. Un sourire, une blague pour détendre l'atmosphère et le tour est joué. 

À l'aise, je lui propose une coupe de champagne qu'il accepte volontiers. Contrairement à ce qui est noté dans le dossier, M. George, en plus d'être courtois, est très souriant. Les vêtements que j'ai choisis semblent lui plaire. Pendant trois heures, nous multiplions les essayages dans la bonne humeur. Il me raconte son enfance au Danemark, puis son adolescence en Afrique. Clair de peau, son métissage n'est pas flagrant et pourtant tellement présent. Il se reflète au travers de ses origines, de son état d'esprit de grand voyageur qui trois fois par an fuit les capitales surcotées de nos contrées dites développées pour aller à la rencontre de peuples méconnus du grand public. Je suis sous le charme de ses descriptions poétiques d'étendues infinies, d'enfants aux yeux étincelants pour qui le bonheur n'a pas de prix. Je l'écoute avec attention, contrairement à Rosa la fouine qui ne peut s'empêcher de venir jeter des coups d'œil et d'intervenir. Ce besoin d'attirer la lumière sur elle est selon moi maladif. Avez-vous tout ce qu'il vous faut ? Puis-je vous aider d'une quelconque manière ? Souhaitez-vous que l'on vous serve une nouvelle coupe de champagne ?
« Blablablablabla. Comment te dire, Rosa, tu nous saoules », susurre la petite voix dans ma tête.

M. George semble agacé par les multiples interventions de cette maniaque du détail, qui fourre son grain de sel absolument partout. Poli, il ne la rembarre pas. Le regard empli de compassion qu'il pose sur moi au moment où Rosa quitte la pièce m'amuse. S'il savait... Elle peut faire pire, tellement pire.
      À la fin de la séance, le client passe en caisse. Attirée par l'odeur de l'argent, Rosa se joint à nous. Les zéros lui montent à la tête, elle cache avec difficulté son plaisir lorsque j'indique à mon client la modique somme à payer.

— Monsieur, cela vous fera vingt mille quatre cents euros. Étant l'un de nos nouveaux membres VIP, vous avez droit pour votre premier passage à dix pour cent de réduction. Au total, cela vous fait dix-huit mille trois cent soixante euros.

Comme si de rien n'était, il sort sa carte de crédit Gold et paie. Je lui explique ensuite que tous ses achats lui seront livrés à domicile en début de soirée comme il l'avait demandé en remplissant le formulaire.

— Je vous remercie pour votre patience, votre amabilité et votre prévenance. Je vais devenir l'un de vos plus fidèles clients ! Je vous l'assure, charmante Chloé ! Votre sourire me rappelle tant celui de ma fille.

— Je vous remercie, monsieur George. C'est avec plaisir que je vous accueillerai de nouveau.
Comme toute bonne vendeuse qui se respecte, je raccompagne mon client jusqu'à la sortie du magasin, en papotant cette fois-ci du beau temps. Un pour Chloé, zéro pour Rosa. Voilà pourquoi elle ne peut pas me mettre à la porte : elle ne souhaite pas s'aliéner la direction. J'effectue les meilleures ventes au sein de mon département en n'étant présente qu'une poignée de jours par semaine. Je fidélise mes clients qui dépensent des sommes folles plusieurs fois par trimestre si ce n'est mensuellement. C'est pendant ces moments que j'ai enfin l'impression de servir à quelque chose sur cette terre, d'avoir une utilité même si ce n'est pas celle que j'attendais. Cela me booste, éclipsant les déboires que j'essuie sans jamais me plaindre, sauf peut-être seule dans mon lit, quand personne ne peut m'entendre.



Découvrez le chapitre 3, jeudi 21  juin 2018 


Irrésistiblement Toi (Collection Ma Next Romance / Éditions Albin Michel) → Disponible le 27 juin 2018 (ebook et format papier à la demande)
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